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J'ai eu l'idée du titre de ce blog en essayant de me connecter à école directe.... et en même temps avec l'idée de généraliser cet état de fait à toute la société actuellement, y compris la communauté éducative dont le service est "temporairement" indisponible, malgré la "continuité pédagogique".
Il y a quelques mois, je proposais à mes classes de terminales un exercice de pensée via un film "After The Dark" qui imaginait une fin du monde apocalyptique avec des personnes à sélectionner pour vivre dans un bunker censé les protéger. J'étais loin d'imaginer que la réalité rejoindrait la fiction, toutes proportions gardées (il ne s'agit pas de la fin du monde), nous voilà dans nos bunkers respectifs, séparés les uns des autres durant quelques semaines.
Je plaisante beaucoup depuis l'apparition du virus, cela permet de relativiser, de décompresser, de contrecarrer les informations en continu des chaînes.... mais aussi avec l'idée de faire sourire dans une situation qui ne s'y prête pas. C'est aussi une façon de prendre les choses "avec philosophie", ou à tout le moins, avec un certain état d'esprit.
L'objet de cet article est de montrer que le confinement est une expérience ô combien philosophique s'il en est. Le confinement mène à l'introspection, la créativité, au temps de cerveau disponible...Cela fut particulièrement vrai en philosophie, soit que les philosophes aient vécu le confinement (Hobbes a fui l'Angleterre pour se réfugier en France, Rousseau lui-même connût la mise en quarantaine réelle et symbolique), soit que les philosophes l'aient imaginé (dans des hypothèses de travail philosophique, scientifique, sociologique...). La séparation d'avec Autrui fut en effet l'objet de bien des pensées, recherches, et hypothèses de la part des philosophes, particulièrement au 17e siècle, période durant laquelle les philosophes imaginaient ce qu'était la vie (ce qu'elle serait aussi) politique avant "le contrat social" qui nous obligeait à nous associer les uns aux autres, de Hobbes à Rousseau, en passant pas Locke, chacun y allait de son hypothèse et de son scénario de ce que pouvait bien être cet état de solitude avant la vie en société et par voie de conséquence, ils essayaient d'en déduire la nature (obligation vs consentement) des liens qui nous unissaient les uns aux autres. Rousseau lui-même parlait d'expérience, il a été contraint à la quarantaine dans un lazaret à Gênes, en août 1743 :"“Ni fenêtre, ni table, ni lit, ni chaise, pas même un escabeau pour m’asseoir, ni une botte de paille pour me coucher”, rapporte-t-il dans les Confessions. “Comme un nouveau Robinson, je me mis à m’arranger pour mes vingt-un jours comme j’aurais fait pour toute ma vie”, avec une sagesse toute stoïcienne, invitant à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend, et à s’accommoder de ce qui n’en dépend pas.
Blaise Pascal, loin de réfléchir à la situation pour en faire une hypothèse politique (entendre par politique le sens étymologique d'organisation de la cité), en avait fait une expérience de pensée, un défi (que je n'hésite pas à proposer aux Tl tous les ans) pour méditer la nature humaine :
L'idée d'un renfermement seul avec soi-même montrait à Pascal que les hommes cherchent le "divertissement" car dans la solitude, sans occupation, les pensées morbides sur notre condition de mortel (maladies, souffrances, infiniment petit dans un univers infiniment grand....) nous empêcheraient toute forme de sérénité.
" De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible. De là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c’est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois de ce qu’on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toutes sortes de plaisirs."
L'idée d'un renfermement en petit comité avec autrui (famille, amis) fut aussi imaginé par Sartre dans une célèbre pièce de théâtre que je vous invite à lire "Huis-clos". C'est au sujet de cette pièce que l'auteur Français eut sa fameuse phrase :"l'enfer, c'est les autres". Dans cette pièce (sens propre comme au sens figuré), trois personnages se retrouvent issus de milieux très différents, mais avec un point commun : celui d'être mort . Chacun voit sa vie et ses actions jugés par les deux autres. Dans cet enfer où ils sont eux-mêmes bourreaux, il s'agit de débattre pour justifier ses actes, en vain.
Nous ne sommes qu'au début du confinement, je souhaite sincèrement que vous preniez soin de vous, de vos proches; de vos corps et de vos esprits, de leurs corps, et de leurs esprits.
Idéalement, je souhaite que lorsque tout sera terminé sorte un livre ou un film utopiques, qui s'intituleraient "Le grand confinement" , qui raconteraient qu'après des mois d'isolement forcé, des citoyens décident de s'adonner à une société de contact authentique et de relations en personne. On peut toujours rêver.
En attendant vous pouvez lire : l'amour en masque , roman à l'eau de rose sur deux étudiants cloîtrés chez eux, qui s'aiment pas trop au début, mais finissent par tomber amoureux pendant la crise sanitaire. Ou encore voir le film Moi et les autres , durant lequel un adolescent en quarantaine chez ses parents, souffre en silence lors des repas encore plus longs qu'avant.
Bref, voilà des idées de lecture qui font réfléchir durant votre confinement :
Les confessions de Rousseau
Huis-clos de Sartre
Léviathan de Hobbes
Les Pensées de Pascal
Roman L'amour en masque
Films: After The Dark et Moi et les autres.
Et bientôt dans les bonnes librairies ou dans les bonnes salles de cinéma (je n'en doute pas): Le grand confinement.
Et bientôt dans les bonnes librairies ou dans les bonnes salles de cinéma (je n'en doute pas): Le grand confinement.

